La France est championne d’Europe ! (Si on change un peu les règles)

Avez-vous déjà entendu parler du Bâton de Nasazzi, ce trophée virtuel qui se transmet de sélection en sélection depuis 86 ans ?

Le principe est simple et comparable aux règles de la boxe : celui qui bat le champion du monde devient champion du monde. Ainsi, chaque fois que l’équipe nationale de football détentrice du titre est battue en match officiel, elle cède le Bâton de Nasazzi à son adversaire.

La première sélection détentrice du Bâton fut l’Uruguay, à l’occasion de sa victoire contre l’Argentine en finale de la toute première Coupe du Monde de football en 1930. Par la suite, le Bâton a bourlingué sur tous les continents et tomba parfois dans les mains d’équipes pour le moins inattendues (Antilles néerlandaises en 1963, Angola en 2005 ou même Islande en 2001).

À noter que le trophée doit son nom au capitaine de la sélection uruguayenne d’alors : José Nasazzi.

José Nasazzi
José Nasazzi

J’ai trouvé le concept amusant et me suis demandé qui serait champion d’Europe à l’heure actuelle si l’on suivait les mêmes règles que pour l’attribution du Bâton de Nasazzi.

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Fluctuat nec mergitur

Dessin : Mathilde Adorno
Dessin : Mathilde Adorno

7 janvier 2015 :
« On a tiré des coups de feu à Charlie Hebdo !
– Surement un excité qui a brisé quelques vitres et abimé quelque plafond. »
La suite me prouva que non.

13 novembre 2015 :
« Une fusillade fait plusieurs blessés dans le 11e arrondissement.
– Surement un règlement de comptes qui a mal tourné »
La suite me prouva que non.

Pour ceux qui avaient vécu les événements du 7 janvier et des jours suivants comme un événement tragique mais isolé, les attentats d’hier soir à Paris furent une très douloureuse piqûre de rappel.

Je nous sais nombreux à avoir passé une nuit blanche devant les chaînes d’info continue, à écouter le décompte des victimes s’égrener inlassablement : de 18 à 39, de 39 à 60, de 60 à 120, et je n’ose imaginer la suite. Je nous sais nombreux à nous réveiller aujourd’hui avec une gueule de bois qui ne doit rien à l’alcool, j’en sais trop qui ne profiteront jamais plus de la gueule de bois bien méritée du samedi matin.

En de telles circonstances, j’aimerais parfois prendre la place de mon chien, ce gros corniaud noiraud qui dort paisiblement auprès de moi au moment où j’écris ces lignes.

Le bienheureux ne sait pas qu’à quelques centaines de kilomètres de chez lui, une poignée d’abrutis a mis en deuil des centaines de familles pour une histoire de Dieu tout aussi imperméable à son entendement que les atrocités qu’ils commettent. Il ne sait pas non plus que quelques minutes plus tard, des hordes de vautours se sont jetés sur des cadavres encore chauds pour exciter les quelques individus égarés susceptibles de glisser dans l’urne un petit bulletin en leur faveur aux élections prochaines, pas plus qu’il n’envisage possible de mourir pour des idées.

Mais il est au moins une fierté qui lui est étrangère et dont nous pouvons nous targuer, à savoir celle de ne jamais céder à la violence. Celle-ci devrait être celle de la nation tout entière : il nous faut faire front et montrer aux abrutis que nous n’avons pas peur d’eux, que pour rien au monde nous ne leur donnerons quoi que ce soit qui puisse les contenter. S’il est une chose qu’ils doivent retenir de cette nuit sanglante, c’est celle-ci : l’infinie émotion qui est la nôtre cette nuit ne cédera la place ni à la peur ni à la haine. Cette nuit, ils n’auront rien gagné d’autre que notre mépris le plus cordial.

Sur ce, je m’en retourne faire un câlin à mon chien, car je crois que c’est là ce dont nous avons tous le plus besoin, et je vous souhaite une bonne nuit. Sans grande conviction…

Taupins, épiciers et autres khâgneux, la parole est à vous !

L’automne est certes la saison des marrons mais elle est aussi et surtout celle des marronniers. Ainsi, nos chers quotidiens nationaux et autres magazines aux gros titres jaunes nous ont récemment gratifiés de nombreux articles et dossiers sur les classes préparatoires. On peut y apprendre (comme chaque année), que le modèle des classes prépas est désormais inadapté, que ce sont des formations encourageant la « reproduction des élites » et autres poncifs qui doivent désoler bon nombre de ceux qui sont passés par là.

J’ai décidé de traiter ce sujet sur mon blog et vous invite, si vous êtes ou avez été élève de CPGE, à répondre à ce questionnaire afin de me fournir quelques chiffres et témoignages. Ça ne devrait pas vous prendre plus de cinq minutes.

Merci d’avance !

Réfugiés : et si on arrêtait d’être cons cinq minutes ?

Ah ! les réseaux sociaux, quel fabuleux progrès ! Comme l’imprimerie en son temps, ils permettent au monde de partager plus aisément informations, savoir, idées, photos de chatons trop mignons ; ils favorisent le dialogue et la collaboration des êtres humains sans la moindre considération pour la distance physique qui les sépare, faisant de l’humanité un gigantesque creuset numérique bouillonnant où les inspirations des uns et des autres se mêlent pour se cristalliser en promesse d’un monde meilleur.

Malheureusement, toute médaille a son revers et celui des réseaux sociaux fait bien vite passer ce creuset d’espérance pour un comptoir de bistrot où l’étroitesse d’esprit le dispute à la vulgarité. Mais peu importe : M. Michu, si prompt à vomir des insanités sous les publications du Monde (le journal) lorsqu’il est confortablement installé devant son écran, retrouve le monde (le vrai) une fois la machine éteinte. Là, son vernis de petit homme propret et discret ne craquelle jamais ; là, son Surmoi fait le job sans ciller.

Ce qui m’inquiète, ce sont ces individus franchement malfaisants, ces Golovinski modernes, ces Drumont de caniveau qui n’hésitent pas à falsifier, à tromper pour apporter un peu d’eau croupie au moulin de leur cause. Des causes qui se résument bien souvent à une diarrhée idéologique infâme, vectrice d’une pensée cholérique se répandant d’autant plus facilement qu’elle infeste les esprits vulnérables, comme celui de M. Michu. Alors, le vernis craque et le Ça de M. Michu s’en donne à cœur-joie, car le petit homme propret et discret a peur, désormais. Peur de l’autre, peur de ce qui est différent.

Mais ce n’est là que le premier stade de la métamorphose de M. Michu, car comme le disait l’un des plus grand philosophes d’un siècle inconnu : « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine. »

Avant le net je n'étais rien

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Sortez-vous les doigts… des oreilles n° 1 : Sonate pour une loutre défunte

Vous l’aurez compris en lisant ce billet ou celui-là, la musique classique c’est mon dada ! On ne s’étonnera donc guère si le sujet est récurrent. J’ai conscience que ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde, mais il y a une chose que j’ai comprise depuis longtemps : le grand public aime la musique classique. À condition que la musique classique vienne à lui (il suffit pour s’en convaincre de voir la foule qu’un concert surprise peut drainer). Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être a-t-il peur de l’aspect compliqué des morceaux ? Il faut bien avouer qu’a priori Concerto pour piano n° 20 en ré mineur, K. 466 semble moins abordable que Les Lacs du Connemara. (Et je ne vous parle pas de Mahler !) Peut-être le concert classique, avec son cortège de codes et de règles l’impressionne-t-il ? Ou bien encore, un complexe d’infériorité mal placé lui aura fait croire que la musique classique, c’est pas pour lui ? Auquel cas, bien évidemment il se met le doigt dans l’œil jusqu’aux coui… euh, jusqu’au coude :

Que ceux qui ont répondu D m'écrivent, ils ont gagné !
L’immense Lenny a l’air d’hésiter… Que ceux qui ont répondu D m’écrivent, ils ont gagné !

Quoi qu’il en soit, puisque la musique classique semble se devoir d’aller vers le grand public et que j’estime qu’il s’agit là d’un effort en valant la peine, j’ai le plaisir de vous annoncer la création d’une nouvelle rubrique mensuelle régulière (ce billet étant resté à l’état de brouillon pendant trois mois, je pense qu’il serait bien ambitieux de prétendre en écrire un par mois). Le principe en est simple : je vous présenterai chaque mois de temps en temps une œuvre classique. Je baptise cette rubrique Sortez-vous les doigts… des oreilles.

Mais trêve de préambule et en avant Guingamp !

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Bons baisers du Royaume-Uni : quand un British nous jette des fleurs

Alex Proud
Alex Proud

Aujourd’hui, la bataille de Mont-Saint-Jean souffle ses deux-cents bougies. Eh oui ! le 18 juin, ce n’est pas seulement 1940, c’est aussi 1815. Et ce coup-ci, la France perdit à la fois une bataille et la guerre.

Waterloo… la première fois que j’entendis prononcer ce nom, tout jeune, je me figurai une spécialité de la gastronomie belge. Depuis, l’association d’idées ne m’a plus quitté et chaque fois qu’on évoque devant moi la bataille qui fit définitivement choir l’Aigle, il me vient immanquablement une envie de poulet. Mais dans l’imaginaire collectif français, le sentiment est tout autre : Waterloo, c’est l’humiliation, c’est le morne souvenir d’une nouvelle Azincourt que nulle Patay n’est venue réconforter, car après cette défaite, plus jamais les Français ne devaient remporter de bataille contre les Anglais. Et pour cause : plus jamais la France et le Royaume-Uni ne se firent la guerre !

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L’économie selon M6, ou comment additionner des patates et des choux sans perdre la face

Journaliste…

Hep hep hep ! Arrêtez-vous là. Relisez ce mot lentement et solennellement avec tout le respect que vous lui devez : Jour-na-liste. Voilà.

Ne s’agit-il pas là du métier le plus immensément nécessaire et le plus indéniablement honorable au monde ? Qui donc oserait, sans vergogne, prétendre à plus de dignité que ces séides de l’intégrité dont le cœur et les tripes carburent aux shoots de vérité ? Personne.

J’ai dit personne, n’insistez pas.

Oh, il y en a bien pour tenter de me faire mentir : quelque gratte-papier sans altitude, se livrant jour après jour avec ses semblables à des concours de platitude dans des feuilles de chou sans âme. Mais qu’importe le tort que peut faire ce genre d’exception à la profession : le journalisme, le vrai, est plus vivant que jamais.

Presse Reiser

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Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font

Dutilleux

Imaginez : nous sommes en 1941, vous avez 25 ans. Jeune musicien talentueux, le Régime de Vichy vous passe commande pour composer la musique d’un film de propagande vantant les mérites du sportif et ouvrier modèle vichyssois. Bien que vous abhorriez le Maréchal et sa clique, vous acceptez. Peut-être parce qu’il n’aurait pas été prudent de refuser, ou bien encore tout simplement parce que les temps sont durs et que vous ne pouvez pas vous permettre d’être trop regardant : il faut bien vivre.

Par la suite (en 1942), vous rejoignez le Front National des musiciens, organe de résistance qui n’a bien entendu rien à voir avec le sinistre parti politique (un parti d’extrême-droite sinistre, c’est un oxymore, non ?). En 1944, vous mettez en musique, clandestinement, le poème d’un résistant emprisonné à Toulouse.

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