Sortez-vous les doigts… des oreilles n° 1 : Sonate pour une loutre défunte

Vous l’aurez compris en lisant ce billet ou celui-là, la musique classique c’est mon dada ! On ne s’étonnera donc guère si le sujet est récurrent. J’ai conscience que ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde, mais il y a une chose que j’ai comprise depuis longtemps : le grand public aime la musique classique. À condition que la musique classique vienne à lui (il suffit pour s’en convaincre de voir la foule qu’un concert surprise peut drainer). Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être a-t-il peur de l’aspect compliqué des morceaux ? Il faut bien avouer qu’a priori Concerto pour piano n° 20 en ré mineur, K. 466 semble moins abordable que Les Lacs du Connemara. (Et je ne vous parle pas de Mahler !) Peut-être le concert classique, avec son cortège de codes et de règles l’impressionne-t-il ? Ou bien encore, un complexe d’infériorité mal placé lui aura fait croire que la musique classique, c’est pas pour lui ? Auquel cas, bien évidemment il se met le doigt dans l’œil jusqu’aux coui… euh, jusqu’au coude :

Que ceux qui ont répondu D m'écrivent, ils ont gagné !
L’immense Lenny a l’air d’hésiter… Que ceux qui ont répondu D m’écrivent, ils ont gagné !

Quoi qu’il en soit, puisque la musique classique semble se devoir d’aller vers le grand public et que j’estime qu’il s’agit là d’un effort en valant la peine, j’ai le plaisir de vous annoncer la création d’une nouvelle rubrique mensuelle régulière (ce billet étant resté à l’état de brouillon pendant trois mois, je pense qu’il serait bien ambitieux de prétendre en écrire un par mois). Le principe en est simple : je vous présenterai chaque mois de temps en temps une œuvre classique. Je baptise cette rubrique Sortez-vous les doigts… des oreilles.

Mais trêve de préambule et en avant Guingamp !

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Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font

Dutilleux

Imaginez : nous sommes en 1941, vous avez 25 ans. Jeune musicien talentueux, le Régime de Vichy vous passe commande pour composer la musique d’un film de propagande vantant les mérites du sportif et ouvrier modèle vichyssois. Bien que vous abhorriez le Maréchal et sa clique, vous acceptez. Peut-être parce qu’il n’aurait pas été prudent de refuser, ou bien encore tout simplement parce que les temps sont durs et que vous ne pouvez pas vous permettre d’être trop regardant : il faut bien vivre.

Par la suite (en 1942), vous rejoignez le Front National des musiciens, organe de résistance qui n’a bien entendu rien à voir avec le sinistre parti politique (un parti d’extrême-droite sinistre, c’est un oxymore, non ?). En 1944, vous mettez en musique, clandestinement, le poème d’un résistant emprisonné à Toulouse.

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Virtuose, je te hais !

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Tu me vois navré de te l’avouer publiquement et de façon si cavalière, virtuose, mais il me faut bien l’admettre : je ne peux pas te piffer. Tu me hérisses le poil, j’ai envie de casser quelque chose lorsque l’on parle de toi, bref : je ne te supporte pas. Ou plutôt je ne te supporte plus : je t’ai apprécié autrefois mais force est de constater que tu as changé, et non en bien.

Mon pauvre ami ! ce n’est pourtant pas de ta faute : tout le monde a oublié ce que tu es vraiment et on a le brave culot de t’inviter partout : au bistrot, dans le train, sur les plateaux télé, à la radio, dans les journaux. On fait appel à toi quand bien même ta présence est importune et je regrette trop souvent que tu ne sois pas resté sur le bout de la langue de celui qui te prononce, bien caché dans les plis et replis de l’indigent organe qui lui sert de cervelle.

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